mercredi 1 février 2017

LA REVUE VERSO SELON ALAIN WEXLER

"Seule compte la qualité des textes. Ceci justifié par une position personnelle : c’est le poète qui crée la nouveauté. Ne devant absolument pas se conformer à une mode ou à des injonctions officielles, politiques ou autres, il participe à un effort de décryptage permanent du réel. C’est en cela qu’il crée. Les textes publiés par Verso peuvent ainsi souscrire à la plus brûlante modernité, comme à d’autres canons. Je diffuse moi-même la revue à Lyon, Paris et Nantes. Verso, que ce soit la revue ou les soirées de lecture, reflète la réalité poétique ou littéraire actuelle, dans toute sa diversité, ses contradictions, même ! Cette confrontation se veut conviviale. En fait c’est l’esprit qui a inspiré nos choix, notre attitude depuis la fondation de la revue".

Alain Wexler

vendredi 20 janvier 2017

VERSO N°167 : FLOT DES YEUX, PIERRES & CHEVAUX





Au sommaire de ce numéro :

William Shakespeare (traduit par Mermed), Fabrice Farre, François Charvet, Gérard Lemaire, Marie-Laure Adam, Béatrice Machet-Franke, Clément Bollenot, Grégory Parreira, Lodi, Nicolas Rouzet, Samaël Steiner, Christian Belloir, Geneviève Cornu, Bernard Deglet, Patrice Blanc, Céline Maltère, Jeanpyer Poëls, Michel L’Hostis, Olivier Millot, Stéphane Casenobe, Elisabeth Rossé, Stéphane Robert, Pascal Mora, Mc Dem, Jean-Marc Thévenin, Alain Guillard, Jean-Paul Prévost, Barbara Savournin, Hubert Fréalle, Jean-Jacques Nuel, Alain Jean Macé.

 En salade par Christian Degoutte
Le cinéma par Jacques Sicard 
Chronique artistique de Miloud Keddar
Notes de lecture de Jean-Christophe Ribeyre, Valérie Canat de Chizy, Alain Wexler



alain wexler : prologue



Flot des yeux, pierres et chevaux



Ce que je distingue est pris dans un flux incessant, comme un flot se dessine entre les yeux et leur objet.

Ce flux est le temps que le cheval ne rattrape pas.

Il le suit d’un pas mesuré, calculant l’horloge.

Cailloux roulés sous les flots et les sabots calculent aussi roues et rouages que le temps perd en chemin.



Tu ne perds pas le temps, c’est le temps qui te perd à force d’ébouler des maisons au milieu des chemins.

De sorte que l’eau compte tes pas sans même t’être levé.



A bien y réfléchir, il n’y aurait qu’une seule façon de berner le temps, le mimer, danser jusqu’à en perdre la vie !

Notre parole serait-elle de ce goût-là !

Et la vendre avec ses mains ?

Car tout se vend dans la ville barricadée comme une tombe contre le temps !
Où l’œil veille, l’œil caillou qui ouvre la brèche.

Des yeux veillent au fond de la mer, ceux des chevaux qui caracolent quand elle se soulève !
Caracolant encore sur les parois des cavernes où les yeux au feu distant les surprennent.
Ici la mémoire défie le temps qui noie ses chevaux et confond les chemins avec les rivières.


Note : M’étant lassé des préfaces descriptives je suis revenu à une pratique déjà éprouvée au cours des premières années de la revue. Il s’agissait de rédiger un texte (méta-texte, peut-être) inspiré d’extraits, de bribes des poèmes publiés à chaque livraison. A l’époque je ne cherchais pas le thème dominant. A présent le voici fil conducteur ou liant.


EXTRAITS

Fabrice Farre

L’effraie regagne le tronc...

L’effraie regagne le tronc, le jardin se retourne.
Sur la terre, à la lumière des ombres zèbres,
les cailloux se détachent puis se remplissent,
les flaques sont sèches, tout à coup, de l’irrégularité
de la semaine ; les lacs portent leur fond
où erre le regard, quel que soit le jour promis.
Au pied des ceintures sombres vues sans sommeil
poussent ces haies citadines dont les feuilles
donnent déjà l’étendue d’une macule : c’est dans celle-ci
que s’étend, sans le corps, la conscience de rester.
 

François Charvet

au bord
traverser pour un autre bord
soutenir son poids
comme la seule mesure à opposer
juste soi
les ailes qui se sont résolues
usées les mots de ne rencontrer un corps
qu’un costume que tu endosses
entre-deux
te tendre jusqu’au prochain
avec peut-être
la chance de perdre pied


Gérard Lemaire

Je voudrais trouver une issue à la parole
Celle que le vent ne peut pas détruire

Seulement ne pouvant que tracer des ronds
Autour de son rocher battu par toutes violences

Toujours seulement dans une chanson
Ou dans un hymne qui viendrait soudain

Pourtant recommencer dans l’attente et l’extrême du froid.
Avec ce jeu de cubes dans un grenier pour passer les heures

On bricole des bouts de soi-même au hasard
Parce qu’il n’y a aucun autre chemin

L’assemblage des morceaux prend un certain temps
Dans une construction qui à la fin s’écroule

Il faut être têtu sans se décourager dans l’inlassable
Et recommencer devant la placidité des autres

 

 Voir aussi les articles de repérage de Claude Vercey sur le site de la revue Décharge : ici, ici ou . Ainsi que la note de Patrice Maltaverne sur son blog C'est vous parce que c'est bien.